Tir à « Bâle » réelle

Par Nicolas Salomon

Si l’on considère que le SIHH de janvier est celui de Richemont, on peut considérer alors que la foire de Bâle est le camp d’entrainement du Swatch Group. Occupant une large partie du rez-de-chaussée du hall 1, où se regroupent les guerriers du secteur, Swatch ne s’est pas contenté de montrer son arsenal en refondant tous ses stands, il a aussi fait le plein de munitions. Exercice de tir à « bâle » réelle sur  vitrines blindées, et passage en revue des troupes d’élite du groupe.

Swatch, le fantassin

Doigt sur la couture, des centaines de journalistes attendaient en rang serré la conférence de presse de Swatch, et ce, à plus d’un titre. D’abord, parce que c’était la première présence à Baselworld de la marque. Ensuite parce que les rumeurs les plus folles continuaient de courir  à propos d’une possible alliance avec Apple (I-watch). Enfin, parce que le général Nick Hayek en personne venait présenter sa nouvelle arme de destruction massive.

Pour la présence, Swatch s’est littéralement emparé du rdc du hall 3. Pas de quartier, le groupe a pris position.

Pour la nouveauté, point de Iwatch, de montre connectée, on encore d’Ipad de poignet. C’est même plutôt l’inverse, puisque la marque dévoilait sa nouvelle complication. Ou plutôt l’inverse, sa nouvelle arme de simplification massive. Dans un mouvement automatique traditionnel, on trouve autour de 150 composants. Swatch en propose le tiers. 51 pour être précis. Moins de pièces, moins de pannes, moins de temps pour assembler, plus de volumes, moins de coût30 ans après avoir révolutionné de la boite, Swatch révolutionne le mouvement. Les adversaires risquent de brandir le drapeau blanc.

Enfin, parce que Nick Hayek est un sacré tribun, et son accent anglais, impayable. Son humour et sa verve on finit de galvaniser les troupes. Le plastique, c’est stratégique.

Hamilton, l’artificier

Des étincelles, voilà ce que vous allez faire. Pour moins de 1000 euros, vous avez 42mm de caractère et un mouvement automatique H12 qui tire en rafale. Le Régulateur Jazz Master assoit sa suprématie. Cadran gris canon de fusil au brossé soleil et opaline, aiguilles glaives, agencement asymétrique (non coaxial), c’est la victoire en chantant. En valeur perçue, on flirte avec les 3 000 euros. Chez votre détaillant, c’est 995 euros. Seule contrariété, faudra patienter jusqu’au mois d’octobre prochain pour cette bombe à retardement.

Côté cuir, lorsque l’on parle couleur patinée, on regarde ses bottes. Vous pouvez relever la tête, soldat. C’est à votre poignet que la magie opère, sur le bracelet.  On pense à un célèbre chausseur de la rue Marbeuf et l’envie de sortir une boite à cirage nous tenaille. Mission accomplie.

Tissot, le chasseur alpin

Prenons position sur les crêtes de l’arc jurassien.. 4 millions de montre par an. 700 pièces dans la collection. Vertige assuré. Tissot, c’est un sommet. C’est d’ailleurs la montre préférée des guides de haute montagne. La T-touch rassemble toutes les fonctions utiles : altimètre, baromètre, boussole, indicateur de dénivelé, position GPS…etc. Toutes ces fonctions ne sont concevables qu’avec du quartz, donc une pile. Inutile de charger votre arme. Souriez, vous êtes libéré. Tissot invente la première montre à capteur solaire. 20mn d’exposition suffisent à un mois d’autonomie, quelques heures pour une année. Le photovoltaïque, c’est fantastique.

Omega, le commandant

Autant vous le dire tout de suite, côté tarif, on vient de prendre du galon. Mais l’objet a fait ses classes. Mouvement automatique à échappement coaxial, spiral en silicium, double barillet, remontage bi directionel, GMT, la nouvelle Seamaster Planet Océan est un instrument sérieux. A ce propos, notons que toute l’armée du groupe va sans doute très prochainement profiter du fameux bouclier anti atomique, le module amagnétique 8508. Il ne s’agit pas d’une cage en fer doux comme il en existe depuis la guerre de 40, mais de la conception de pièces en matériaux non ferreux, ce qui permettra au mouvement d’encaisser jusqu’à 15 000 gauss, sans se dérégler.

Visuellement, la solide boite de 43,5mm alliant cadran bleu et aiguille orange sort du rang. Au dos, le fond saphir laisse apparaître des ponts et une masse oscillante décorée Côte de Genève, dont la courbure, donne à l’ensemble une allure de turbine de sous marin, assez pertinente.

En panotant, mes yeux sont tombés dans une ambuscade. Le coup de la céramique, vous connaissez ? Vous prenez un modèle iconique en acier, et vous le faites en céramique noire. Depuis le milieux des années 2000, le noir, dont on a prédit la défaite tous les ans, creuse sa tranchée. Un jour, il faudra bien admettre que la céramique n’est pas forcément un gadget. Sur la Speedmaster présentée, calibre 9300, ornée d’un bracelet synthétique savamment tissé et embossé, la montre emprisonne tous ceux qui la croisent. Parfois la céramique noire sonne faux. Parfois, c’est les choeurs de l’armée rouge.

Enfin, petit clin d’œil à la réédition de la Bullhead aux accents vintage, dont la carrure asymétrique, inclinée en lecture, tient en main comme un chrono de poche avec déclencheur à 12H. Pas forcément pour tout le monde, mais belle sensation au porté.

Jaquet Droz, le tireur d’élite

C’est l’une des plus belles signatures visuelles de l’horlogerie. Une grande précision. Le tir précis. C’est un huit. Oui le chiffre arabe. Oui aussi, le chiffre magique en Asie. Deux cercles l’un au-dessus de l’autre, se chevauchant à peine, et rien d’autre. Le cadran marche sur un fil. Moins, ça serait vide, plus ça perdrait son âme. Pour apprécier ce numéro d’équilibriste, il faut en détailler les subtilités. Cadran du haut, deux aiguilles bleuies, heure minute en chiffre romain, cerclé d’un fin chemin de fer. Dessus, le cadran du bas vient poser sa grande aiguille des secondes avec ses chiffres arabes rejetés en périphérie. C’est la proportion parfaite, 1/3 en haut, 2/3 en bas, qui tient tout. 200 ans et pas une défaite.

L’autre point, c’est le traitement du cadran. C’est une surface qui semble plane, mais qui ne l’est pas. On pense à un papier grainé, de type Cansson. Une sorte de micro billage qui apprivoise la lumière. Décliné cette année en deux autres teintes, marine et chocolat, pas desagréables.

Jusqu’à ce que l’acier fasse son apparition cette année, la marque semblait inaccessible. Désormais, une offre « démocratise » la gamme avec une Grande Seconde acier de 43mm à 8100 euros. Vous trouvez ça cher ? C’est juste le prix d’une auto entrée de gamme qui ne vaudra plus grand chose dans 5 ans. A vous d’arbitrer. Nous, c’est pas une première : ça sera Grande Seconde.

Glashütte, l’exfiltré

A ce stade, on n’est plus dans la discrétion, on n’est dans la méconnaissance, limite dans l’oubli. Il faut sauver le soldat Glashütte, matricule 1970. Un trésor Est-Allemand oublié derrière le Mur qu’il a fallu exfiltrer. Comme les années qu’elle évoque, cette montre au format télévision endosse tous les codes de l’époque, sans artifice. Parfaitement exécutée, elle a ce trait magique des grandes classiques du sport chic. On dirait presque du Gérald Genta, époque Nautilus.

Mais pourquoi diable ne la voit on jamais ? Pas un visuel, peu ou pas de presse. Un cadran au brossé parfait, un bracelet métal idéalement intégré, la montre mérite toutes les attentions et quelques mois de soldes d’officier : 8200 euros en acier.

A côté d’un modèle aussi fort, le reste de la gamme peine à tenir sa position. Le camouflage est trop efficace. On oscille entre les grandes dates de l’ennemi juré Lange & Söhne et les cadrans type Jaquet Droz vu précédemment. C’est équilibré, belle finition, mais la mission reste à définir, les ordres semblent un peu contradictoires.

A noter cependant, une victoire, celle du bracelet. Traitement abrasif de l’alligator, visuellement  mat, très contemporain, et un toucher, proche de l’alcantara. Je serai étonné qu’on ne retrouve pas cet équipement d’élite, sur d’autres avions du groupe.

Blancpain, le nageur de combat

Vous vous souvenez de Jean Yves Cousteau, son bonnet rouge et son fidèle second, Falco? Ces incroyables documentaires aquatiques, ces images tirées d’un sous marin de poche révolutionnaire, le Bathyscaphe ? Chez Blancpain, on s’en souvient aussi, car pendant ses plongées, l’ami des poulpes géants, portait une Fifty Fathoms sur sa néoprène 5mm. Une nouvelle version de la boite, baptisée Bathyscaphe, lui est dédiée. IWC avait au début des années 2000 effectué une première tentative de plongée en mer Cousteau. Helas, le modèle manquait d’air et il fallut rapidement remonter à la surface.

Pour l’occasion, Mark Hayek se jette à l’eau et remporte la palme de la présentation. Nombreux films, discourt du patron de National Géographique, et enfin, de l’inventeur du sous marin éponyme. L’atrium du groupe Swatch déborde de gros poissons. L’enjeu est de taille. Tout comme l’objet, qui laisse en apnée, en titane céramisé, 43mm, doté des fameux composants amagnétiques, évoqués précédemment chez Omega. Un triple barillet assure 5 jours de réserve de marche tout mouillé. Voilà qui permet de plonger jusqu’à 500m en toute sérénité. Le prix est lui aussi descendu en profondeur, avec des paliers entre 8500 et 11 500 euros. Vu le prestige de la marque, la qualité de fabrication du produit, cette diver donne envie d’explorer les abysses. Je rappelle qu’à ce niveau de fabrication, on est autour de 60 composants par gramme, ce qui permet d’avoir une idée, de ce qu’est la micro mécanique horlogère dans une manufacture, une vraie.

Breguet, le général 5 étoiles

Il est inutile de froncer les sourcils en regardant le prix, soldat. C’est ainsi. Après une carrière exemplaire, on a le droit à tous les honneurs. A produit exceptionnel, prix exceptionnel. La complication reine, la répétition minute, propose ici jusqu’à 15 tintements différents pour composer cette sonate. Imaginez le chef du département grandes complications de Breguet s’arracher les cheveux un à un pour régler cet orchestre miniature de 48mm.

Côté pile l’émail grand feu sous les index pose le sujet. Sa maîtrise est extrêmement délicate. Un vrai parcourt du combattant.

L’émail est transparent au naturel. Il se colore avec divers oxydes métalliques et se vitrifie à la cuisson, à des températures généralement supérieures à 800°. Les couleurs obtenues sont absolument inaltérables. Le blanc ne vire pas au crème au bout de 10 ans.

Côté face, les finitions sont exemplaires et l’anglage main, de toutes les pièces, notamment des coins rentrants,  force l’admiration. Toute la subtilité est là. Un coin est rentrant lorsque deux chanfreins se rejoignent vers l’intérieur et forment ainsi une sorte de rigole.
Mais pour la beauté du geste, l’intersection doit être nette, avec une seule ligne formée au point de rencontre. Actuellement, aucune machine ne peut remplacer la main de l’homme à ce poste. Le diamètre des fraises est toujours trop large pour réaliser des arêtes vives comme celles ci.

L’équation est donc simple : email grand feu + répétition minute + anglage main = triomphe de l’horlogerie traditionnelle.

Toutefois si la carrure de cette boite à musique de poignet est la seule chose qui vous arrête, la maison propose également un tourbillon de 7mm d’épaisseur. C’est une des grandes tendances de cette année. Slim is beautiful. Une pure merveille : cadran guilloché main, aiguilles pommes emblématiques animées par un mouvement à 10htz de fréquence, et toujours, ce subtil cannelage sur la tranche de la boite, qui hypnotise vos convives. Vous voilà bien armé pour déminer ce conseil d’administration. 

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