Tudor Coup de cœur

24 septembre 2015 à 16:16

Tudor Fastrider Chrono, l’ultime combo

L’horlogerie, c’est la seule industrie majeure qui regarde autant vers son passé que vers son futur. La plupart des succès horlogers récents étaient d’ailleurs soit des néo-vintages bien retranscrites, soit des montres indépendantes hors normes et futuristes.

Et au milieu ?

Rien. Il semble que l’horlogerie ait un énorme mal à matérialiser l’époque, en particulier pour les montres moyen de gamme. Jusqu’à Tudor.

Le fer de lance de cette offensive de Tudor est évidemment la Pelagos, qui est l’une des très rares montres à proposer une réponse contemporaine au cahier des charges des années 50-60.

La Fastrider, est aussi contemporaine, mais d’une manière différente, elle a un pied dans le passé et un pied dans le futur.

La ligne Fastrider est dédiée au partenariat entre Ducati et Tudor: la marque genevoise est le «Timing Partner» du fabricant Bolognais. Ceci détonne dans l’horlogerie, où les manufactures sont fréquemment partenaires de sports mécaniques, mais plutôt à quatre roues… 

Ci-dessus, Tudor Fastrider cadran vert

Dès Baselworld 2013, on sentait que les chronographes Fastrider lorgnaient vers les années 60-70. Pourtant, la Blackshield était une montre très futuriste avec son look de chasseur furtif… Mais mon instinct de journaliste était le bon, car ces nouvelles versions en apportent la preuve irréfutable.

La première déclinaison de la Fastrider revisitait, tout en le niant officiellement, la Rolex Daytona avec un design futuriste, tendance cyberpunk. Et finalement, la montre était réussie, mais la sauce prenait moins bien que sur cette nouvelle version. Pourquoi ?

Certainement parce qu’elle ne se référait pas assez à la longue histoire, officielle et officieuse de sa grande sœur à la couronne. Comme tous les afficionados de Tudor et Rolex le savent, il existe un phénomène relativement unique dans l’horlogerie : une pléthore de « tuners », qui proposent des personnalisations sur des montres Rolex. Le fin du fin étant la PVDisation complète du boîtier saupoudrée d’ajouts de touches de couleurs dans le cadran…

Pour concilier les amateurs de boîtiers foncés et la longévité des productions du groupe, un compromis a été fait : lunette en céramique, poussoirs et couronne pvdisés et boitier acier de 42mm étanche à 150m.

Détails de fintion de la Fastrider

Le design de ce dernier est optimisé pour l’affiner visuellement (malgré l’épais ETA Valjoux 7753), le dessous du boîtier est biseauté progressivement jusqu’à la couronne (ou au logo Ducati à gauche), une belle leçon à tous ceux qui pensent tout a déjà été dessiné. Le gros regret, c’est l’absence de bracelet acier (mais pour ça, il y a la Black Bay et la Pelagos), la montre est livrée sur cuir et caoutchouc, avec les inévitables pièces de bout, qui gâchent un peu l’esthétique classique et néanmoins novatrice du boîtier.

La montre avec son mélange d’acier et de céramique rappelle visuellement les sports mécaniques « Youngtimers » des années 70-80, ou l’on mélangeait alors allégrement chrome, acier et plastiques noirs.

Evidemment, le point d’orgue, c’est le cadran. Comme le boîtier, c’est autant un clin d’œil aux productions de Rolex qu’à l’univers automobile des années 70. A l’époque, on considérait qu’un véhicule de couleur voyante contribuait à la sécurité, en augmentant sa visibilité, d’ailleurs, on peut même s’étonner que notre chère sécurité routière n’ai pas encore appliqué la logique du gilet jaune jusqu’aux peintures de nos bolides.

Le bracelet en cuir de la Fastrider rappelle le perfecto vintage des motards.

Le rouge, le jaune et le vert sont, bien entendu, des couleurs mythiques des sports mécaniques. Qui n’a jamais rêvé d’un bolide d’un de ces trois coloris (histoire de chipoter : dommage qu’il y ait pas un orange sanguine et un bleu de France)…

Selon Tudor, l’inspiration provient de la Ducati Scrambler, qui a traversé les âges en perpétuant un style classique. La dernière version de la Scrambler est contemporaine dans son approche technologique, seul son look est vintage, c’est exactement le créneau de cette Fastrider.

Mais comme je l’écrivais juste avant, l’inspiration de cette Fastrider est probablement plus large que le réducteur discours officiel. Il faut savoir que quelques rarissimes Rolex des années 70 ont été produite avec des cadrans rouges, verts, jaunes, et bleus (parfois en pierre rare ou même laqué) et qu’elles constituent le plus patent symptôme de la collectionnite aigue.

Ces modèles sont tellement mythiques que nos inévitables « tunners », s’en sont emparés pour proposer des « préparations » avec forces cadrans colorés.

Mais Tudor a plus de moyens que n’en ont ces bricoleurs, et ce cadran est bien plus élaboré. Ainsi, les sous compteurs reprennent le schéma de couleur du boîtier, avec un tour noir et une base en métal blanc. Le haut du cadran est très épuré (pour la maison), et laisse la part belle aux peintures mates. La couleur dépendra de votre humeur : jaune, la plus estivale, rouge la plus osé, verte la plus discrète (personnellement, ma favorite).

La Fastrider, qui fait 42 mm de diamètre, est motorisée par un ETA Valjoux 7753 (28800a/h pour 46h de RdM, 27 rubis), qu’on ne peut pas voir à cause du fond plein. Tant mieux, la principale qualité du 7750 n’est pas son esthétique ni son exclusivité, mais tout le reste : fiabilité, prix (qui permet de contenir celui de la montre) et précision hors norme. De toutes les montres que j’ai possédé et testé sur la longueur, les 7750 sont les plus précis, ceci peut paraitre incroyable, mais Nivarox (qui fabrique le spiral) et ETA ont un savoir-faire unique en terme de maitrise de l’organe régulant.

Avec ce produit, Tudor et son créatif N°1 Davide Cerrato, nous donne une leçon de courage. C’est la seule pièce qui combine à la fois, les codes du sport mécanique, les références aux 70’ (à la fois horlogères et véhicules), les clins d’yeux aux « tuners » dans un produit à moins de 4000€.

Pour 3850 €, cette Fastrider est à même de fédérer les initiés et les newbies comme elle synthétise le passé et le futur.

 

Par Malik Bahri

Photo by Le Guide des Montres 

Ci-dessus, la boucle déployante de la Tudor Fastrider

Tudor Fastrider Chrono référence 42010N

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