Au fil de l'actualité

15 mars 2015 à 23:04

La malédiction du XIII

 

Ce vendredi 13, l’Opus XIII d’Harry Winston a fait parler d’elle, et pas en bien. Son concepteur, Ludovic Ballouard, et le Swatch Group, devenu propriétaire de la marque, sont en conflit ouvert.

La rédaction

 

David contre Goliath, pot de terre contre pot de fer. : les métaphores vont bon train. Et, fatalement, les jugements qu’ils emportent. Lorsque l’horloger indépendant Ludovic Ballouard entre en guerre ouverte avec le Swatch Group, les passions s’enflamment.

 

La saga des Opus, une mécanique pas si bien rôdée

 

Au départ, il y a les faits, incontestables : Harry Winston commande à Ludovic Ballouard la conception et la réalisation de son Opus XIII. Sans être une consécration pour le second, qui n’avait plus grand-chose à prouver (ex. Franck Muller, horloger des grandes complications chez F.P. Journe, avant de se mettre à son compte), c’est un sérieux coup d’accélérateur. Il prenait ainsi la suite des signataires des Opus précédents, non moins prestigieux : François-Paul Journe lui-même, Vianney Halter, Felix Baumgartner (Urwerk), Greubel Forsey, Christophe Claret, et bien d’autres géants de l’horlogerie indépendante.

 

Mais le cas Ballouard diffère d’une chose : en cours de route, alors que la première Opus XIII n’a même encore été présentée, Harry Winston est racheté par le Swatch Group

 

 Ludovic Ballouard

 

Un vent qui tourne

 

De prime abord, pas de changement pour Ludovic Ballouard. Il ne valait d’ailleurs mieux pas : l’homme avait déjà effectué toute la R&D, dont seule la première année fut depuis réglée par le nouveau propriétaire. Et pour la réalisation à proprement parlé de l’Opus XIII, Ludovic Ballouard quadrupla – à sa charge – ses équipes d’horlogers. Un pari risqué mais payant à terme, puisque Ballouard avançait les frais sachant qu'il se rémunérait sur chaque montre qu'il devrait livrer par la suite. Tel était le contrat conclut avec Harry Winston. Son nouveau propriétaire, le Swatch Group, ne l’entend pas ainsi.

« Le vent a commencé à tourner dès Baselworld 2013 », comprend aujourd’hui Ludovic Ballouard. « Je devais rester 10 jours pour faire la promotion de l'Opus 13. Au bout de quatre jours, on m’a demandé de quitter le salon. Jolie première récompense après un an de travail acharné à quatre pour pouvoir arriver à Bâle avec cinq pièces. J’avais déjà fait des dizaines de démonstrations à des clients, à la presse, et quatre pièces sur cinq avaient parfaitement fonctionné pendant tout le salon. D'un commun accord, j'ai ensuite poursuivi l’optimisation de cette Opus, laquelle n’était évidemment pas encore tout a fait prête pour sa mise sur le marché. Mon objectif était qu’Harry Winston et moi-même n’ayons aucun retour à gérer par la suite». 

 

 Harry Winston Opus XIII par Ludovic Ballouard

 

Changement de cap

 

C’est ici que l’avis du Swatch Group diverge. L’empire industriel a fait passer en test l'Opus XIII dans son laboratoire interne, alors que le contrat précisait qu’il devait l’être dans un laboratoire indépendant. Conclusion du labo : la pièce afficherait de graves lacunes. Selon un rapport d’une trentaine pages envoyé à Ballouard, elle serait même incapable d’entrer en production.

 

« C’est faux », rétorque Ballouard. « Les pièces livrées fonctionnent toutes parfaitement, je les ai mêmes encore améliorées par rapport aux plans initiaux, lesquels avaient en plus été validés par Harry Winston. Le rapport utilise notamment des photos que j’estime grossies à 500 fois pour prouver de soi-disant dépôts de graisse ou imperfections. C’est absurde ! Lorsque je demande le retour des pièces pour pouvoir constater par moi-même ces soi-disant défauts, on refuse de me les rendre. Je les attends depuis le mois de novembre 2014. Il m'est impossible de les constater par moi-même, encore moins de remédier aux défauts, à supposer qu’ils existent. J’en suis pourtant responsable jusqu'a leur règlement. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le contrat qui nous lie ! ». 

 

 Gros plan sur l'Opus XIII d'Harry Winston

 

Agenda secret

 

Progressivement, la conclusion de cette affaire se dessine pour Ballouard : le Swatch Group veut récupérer cette Opus pour pouvoir l'assembler en interne à moindre coût. Si possible, sans faire trop de bruit avant Baselworld.

 

Depuis, le contrat a été dénoncé par Harry Winston, sans aucun  accord commun. Le Groupe va plus loin : il demande des dommages & intérêts si Ballouard n'accepte pas de tout lui laisser...pour rien. Y compris son propre nom. 

 

Pour Ballouard, le but du Groupe est donc clairement de le mettre à terre. « Ils ont deux objectifs : passer Baselworld sans faire trop de vagues pour ne pas perturber leurs ventes, et me pousser à la faillite pour que je ne puisse même pas prendre un avocat. Je n’en suis plus très loin, j’ai déjà perdu plus de 600 000 francs en salaire pour l'amélioration de l'Opus, j'ai du licencier l'équipe de 4 personnes qui avait été formée et qui ne travaillait que sur ce projet. Je n'ai plus sorti de nouveauté depuis 2013, consacrant tout notre temps à l'Opus XIII. Et maintenant que l’opération aurait dû devenir profitable, et notamment rembourser les frais avancés, on nous la retire ». La montre, estime Ballouard, pourrait pourtant rapporter près de 40 millions de francs de chiffre d’affaire pour le Groupe.

 

Dans l’immédiat, l’homme, très apprécié de ses clients comme de ses fournisseurs, a négocié ses traites pour tenir le coup. Certains mécènes se sont déjà manifestés pour lui fournir une assistance légale. Le cri d’alarme de Ballouard, à quatre jours de Baselworld, est évidemment destiné à en utiliser la caisse de résonnance...mais aussi à prévenir les jeunes indépendants qu'un homme averti en vaut deux.

 

 Opus XIII Harry Winston 

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